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L'argot
Il y a d’abord ce quelque chose que tu ne dis pas couturé à l’instar d’une robe à ton pourtour une nouvelle robe – il y a ton sourire las de mon pas lourd ces myriades de poèmes, ces brassées de chansons quand je danse et que tu n’écoutes plus, il y a tes yeux détournés à ma vue et je tempête – tu n’en feras pas cas, obstinément tu restes muette il y a ton absence, ce jour-là et puis les autres je pleure sur des photographies, les nôtres ; je touche du bout des doigts des cas
L'ennui
Est-ce le but inavoué de nos existences – contrer l’ennui ? Je sors, j’ouvre les yeux j’oscille entre les rues vides et pleines, les vies...
La nuit
Ne me dis pas ce que je dois faire avec la nuit quand elle s’en vient en même temps qu’elle et qu’un à un les réverbères s’illuminent en...
La solitude
La solitude comme on suffoque de son souffle comme on avale son propre ventre les yeux les aiguilles des horloges qui remontent jusqu’à leur centre de haut en bas, de bas en haut, le temps passant pour certitude, dans l’ombre un charme qui déroge : au creux du cœur du lavabo les gouttes d’eau qui s’effilochent et vont des oreilles au cerveau La solitude comme on décroche un combiné vide de mots comme une prière déraisonnable qui se perd dans la nuit blanche – les as-tu compté
Le détour
J’ai envie d’aimer ce dimanche – ce soir ta main posée sur mon épaule, la simplicité douce de gestes oubliés ton sourire en éclats qui l’accompagnait comme la neige scintillante couvre le gris du trottoir et j’ai marché juste à côté un pied devant l’autre en équilibre sur son bord une enfant qui écarte bras et jambes dans le parc désert, qui fait l’ange et penser à toi devient son plus grand, son merveilleux mystère ; ta vie un labyrinthe ailée dont je suis détenue volontaire
Les jours
Je laisse filer les jours je n’ai honte de rien.
La première fois
La première fois : une aspiration brusque ce pétillement dans les sinus/le coup de chaleur au cerveau et les rires qui éclatent – rares...
Au féminin
Viens me chercher ; venge-toi de tous les hommes qui ne t’ont pas aimée ou si mal leurs poignes de fer sur tes mains de velours leurs...
Je ne vis que pour ça
Je ne vis que pour ça les désirs les plus tendres et les plus assoiffés les grains de folie dénichés dans les inflexions des voix, les lueurs enflammées dans le cœur des pupilles – ce qu’elles sont de regrets, d’attentes, d’espoirs fragiles crépusculaires, leurs rêveries enfouies comme autant de points d’accroche, de phalanges sanglantes des chiennes aux prises avec leurs jeux de quilles, avec cette vie intranquille qui suture nos jours. Nous sommes ces fleurs que tu as cueil
Moi-même
Passer de main en main pour la beauté Du geste – du reste, n’être à la fin qu’à moi-même/Savoir crier « Je t’aime ! » quand vous...
Changer
Je suis en train de changer sans trop savoir qui je deviens ce n’est pas au moins (je crois) la pire version de moi-même.
Le bar
Je ne suis pas restée, quand je t’ai aperçue que nos regards se sont croisés, nos deux espaces enchevêtrant brusquement leurs bordures. Déjà les stroboscopes prenaient la couleur de tes pupilles les tables et les chaises celle de tes cheveux je voyais dans les lézardes des murs se distinguer les courbes de ton corps. Elle l’enlaçait et mes bras se sont refermés sur eux-mêmes et il ne restait plus qu’à détourner les yeux qu’à tenter d’enfoncer profondément mon corps dans le so
Emporté
Tu peux tout emporter, il n'y a plus rien qui tienne désormais ni ce toit ni ces murs – ni ta main dans la mienne ni les larmes ni la morve – ou ton sang quand tu saignes pans infinis tombés, fluides infinis roulés le plafond effondré me semble une bonne image les flétrissures des fleurs, l'écornement des pages c'était moi mais aujourd’hui je danse sur les portes brisées/je frotte les peaux mortes, je sais ce que les ruines apportent l’ego n’est plus blessé ; puis les cicatri
Petit quartier
Au royaume barge Anna-Reine l’est le casse-tête des commissariats variable bien connue du quartier quand elle flanchait à bouts de bras cassés saignés il l’a porté pour le plaisir d’avoir une fois quelqu’une ici à qui parler – au royaume barge Anna-Reine voit qui danse et chante comme on prierait – étoile montante des bars-tabacs des ruelles sombres des places frichées c’est une macaque tu dirais ! une grenouille aux cuisses hantées des tressaillis de leurs ancêtres - m
La travailleuse
Mains blanches, phalanges habilleuses de livres, d’enfants, de boutons à ton cou – à la lumière, leur peau laiteuse de croissants dorés...
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